Yalta

23 Juil 2025 | VÉESSE | 0 commentaires

Audacieuse · Légitime · Érudite

L’histoire de Yalta, rapportée dans le Talmud (Berakhot 51b), met en lumière les tensions entre autorité rabbinique et reconnaissance de la place des femmes dans le rituel juif. Et quelle histoire !

Un jour, Oulla est invité chez le célèbre Rav Naḥman. Après le repas, il récite le Birkat Hamazon sur une coupe de vin, comme le veut la coutume. Rav Naḥman lui demande alors de transmettre cette coupe à sa femme, Yalta. Oulla refuse net. Il invoque l’enseignement de Rabbi Yoḥanan selon lequel « le fruit du corps » – autrement dit, les enfants – ne serait une bénédiction que pour l’homme. Le verset cité (Deutéronome 7,13) utilise en effet un masculin singulier… et voilà qu’on en tire une règle générale : pas besoin de faire passer la coupe à Madame !
Car le « fruit du raisin » (le vin) ne la concernerait pas non plus, et ne serait une bénédiction que pour l’homme aussi !
Et puis, n’a t elle pas déjà, en tant que femme, l’honneur de pouvoir contenir en elle les « fruits bénis » de l’homme (c’est-à-dire les enfants en gestation)?!

Yalta ne l’etend pas de cette oreille. Elle descend dans le cellier et elle brise quatre cents tonneaux de vin.
Le vin s’éparpille…
Un geste radical, à la hauteur de l’affront!
(Démontrant à quel point les éventuels « contenants » sont essentiels !)

Rav Naḥman semble former avec Yalta un couple harmonieux. C’est un homme qui visiblement sait donner à sa femme sa juste place et vis versa (secret des couples heureux)!

Rav Nahman demande alors une fois encore à Oulla de passer la coupe à son épouse. Ce dernier obtempère, mais avec une dose d’arrogance : il envoie une nouvelle coupe, accompagnée d’un mot à peine voilé : « Tu peux boire directement de la barrique, c’est la même bénédiction. »
À cette proposition irrespectueuse, réponse cinglante de Yalta :
« Les colporteurs ne diffusent que des sottises, et des haillons ne naissent que des poux. »

Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas une crise d’humeur. Dans d’autres sources talmudiques, Yalta est présentée comme une femme érudite, fine connaisseuse de la halakha et descendante d’une famille illustre.
D’après certains sages, elle avait tout à fait raison de s’attendre à recevoir la coupe de bénédiction.
Son geste devient alors une protestation courageuse contre une exclusion injuste. Elle ne demande pas un privilège : elle réclame sa place légitime dans l’expérience du sacré.
Ce récit, à la fois dramatique et profondément révélateur, donne à réfléchir sur la place des femmes dans la tradition juive, et sur les voix que certains choisissent ou non d’écouter !

PS: Yalta serait un diminutif de Yaël, clin d’œil chaleureux à notre chère illustratrice Yaël Sportouch, ainsi qu’à toutes les Yaël de ce groupe!

🎨 Une illustration sublime signée Yael Sportouch
➡️ dédiée à la Refoua Chelema de son mari Pinhas ben Solange

📝 Texte captivant de Sophie Bigot Goldblum, adapté dans le cadre de notre série « Les Femmes Savantes »!

Articles