Éliane Amado Lévy Valensi

20 Août 2025 | VÉESSE | 0 commentaires

Philosophie · Judaïsme · Féminité

Éliane Amado Lévy-Valensi est une philosophe, psychanalyste et femme de lettres franco israélienne.

Elle naît à Marseille en 1919 dans une famille juive de la haute bourgeoisie et reçoit une éducation privilégiée. Cette enfance dorée sera brutalement interrompue par la Shoah, qui lui prendra sa mère, et qui hantera toujours sa vie et son œuvre.
Jeune adulte elle étudie la philosophie en la faisant dialoguer avec la pensée juive, que l’Occident aurait selon elle, scotomisée.
Professeur reconnue à la Sorbonne sa thèse est de proposer une réponse spécifiquement juive au problème universel du mal en mettant en évidence, via le dialogue entre sources juives et occidentales, un lien intrinsèque entre connaissance de l’être et connaissance éthique.
Très tôt intriguée puis passionnée par le Zohar il inervera sa pensée et sin œuvre de la manière la plus organique.

Dès la fin de la guerre et jusqu’à son Alya après la Guerre des Six jours, elle participe à l’Ecole de pensée juive de Paris et aux Colloques des intellectuels juifs de langue française aux côtés de Levinas, Neher, Manitou et autres penseurs. L’abîme éthique de la Shoah marque la fin de l’illusion d’un logos rationnel, totalisant et totalitaire.
Le but est alors de faire face aux enjeux éthiques et spirituels contemporains du judaïsme d’après guerre, qui sont également des problématiques universelles… mais en faisant émerger une réflexion spécifiquement juive.

Penseuse de la pluralité et titulaire de trois doctorats elle étudie (et exercera) également la psychanalyse qu’elle considère comme une forme de philosophie incarnée et expérimentée.

Pluridisciplinaire, ses thèmes de prédilection sont, entre autres, le dialogue entre masculin et féminin, le retour à une unité originelle perdue, le mal, l’altérité.

Seule femme dans un univers et des disciplines masculines elle assume (non pas seulement une spécificité juive parfois mal venue ou mal comprise) une spécificité de femme.

Prônant une philosophie du dialogue elle a à cœur de faire des ponts: entre disciplines, entre les différentes écoles, entre essentialisme et existentialidme, entre religions, entre les sexes, etc, etc. Surtout elle défend dans ces dialogues l’importance d’une double spécificité, juive et féminine, .
Elle considère le Cantique des cantiques comme la voie ontologique et eschatologique vers laquelle tendre. La rencontre charnelle des deux amants consacre sans précéder le dialogue entre deux agentivités qui se font sujet et objet de désir à la foi(s).

Son alya est l’aboutissement d’un long cheminement intellectuel qui la pousse à agir plutôt qu’à penser. Elle renonce à une notoriété et carrière à la Sorbonne
A l’université de Bar Ilan elle devient la première femme directrice de département et unifie les départements de pensée juive et de philosophie.
Elle continuera d’exercer notamment comme psychanalyste mais sa pensée en Israël est méconnue et mal comprise.

Elle meurt en 2006 dans une relative solitude. Son œuvre aussi unique que plurielle est aujourd’hui peu à peu redécouverte grâce à des chercheurs et chercheuses ayant à cœur de faire profiter de la richesse d’une pensée vivante et toujours actuelle.

🎨 Une illustration sublime signée Yael Sportouch
➡️ dédiée à la Refoua Chelema de son mari Pinhas ben Solange

📝 Texte captivant écrit par Sarah Musto, dans le cadre de notre série « Les Femmes Savantes »!

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