Sarah

6 Nov 2024 | VÉESSE | 0 commentaires

Princesse Dirigeante

Sarah est la toute première matriarche, épouse d’Abraham et mère de Isaac. Son prénom signifie princesse mais également dirigeante . Sarah est le seul nom de personnage féminin directement choisi par D.ieu, qui change son nom initial, Saraï signifiant « ma princesse », en Sarah , « princesse pour le monde entier », afin de lui donner une portée universelle: « Je la bénirai, en ce qu’elle produira des nations et que des chefs de peuples naîtront d’elle ». (Genèse 17:15).
Le personnage de Sarah est ainsi la seule matriarche reconnue par les trois grandes religions monothéistes ; c’est pourquoi des petites filles juives, chrétiennes et musulmanes mais également athées, portent ce prénom depuis près de 4000 ans depuis la première matriarche.

Cette portée universelle intrinsèque au prénom Sarah est en accord avec l’abrahamisme, cette aspiration monothéiste du premier couple biblique de répandre l’idée du D.ieu unique au sein de la culture polythéiste de l’époque. Ainsi selon notre tradition, Abraham et Sarah, enseignant respectivement aux hommes et aux femmes partageaient ce même message, nouveau dans le monde idôlatre de l’époque.

Pourtant le rôle de Sarah et Avraham, (alors Saraï et Avram), ne devait pas se concentrer sur la diffusion spirituelle abstraite d’un nouvel idéal spirituel, mais plutôt sur la construction physique d’un peuple particulier qui servirait alors de modèle pour inspirer les autres peuples, par l’exemple de l’action concrète et non plus d’une transmission abstraite.
Ainsi selon l’enseignement de l’un de mes maîtres Elie Kling, il existerait un malentendu initial entre D.ieu et Avram: Dans la paracha Lech-Lecha Avram croit que sa mission consiste en la diffusion spirituelle abstraite de ce nouvel idéal moral et théologique qu’est le monothéisme. Alors que le projet divin aspire, à partir d’Avraham, à la construction avant tout physique d’un peuple particulier, un peuple de chair, par lequel les autres peuples pourraient s’appuyer, Et c’est par ce détour là seulement, que l’abrahamisme atteindrait à long terme son aspiration universelle.

La relation juive à l’universel ne se fonde ni à partir d’un idéal abstrait dans la relation au monde, mais bien dans la relation interpersonnelle concrète, matérielle, charnelle. D’individu particulier à particulier, au sein donc de son propre particularisme. C’est pourquoi le judaïsme n’est pas une religion, mais l’appartenance physique à un peuple, ayant par ailleurs une tradition religieuse. C’est là également la raison pour laquelle le judaïsme n’est absolument pas prosélyte.

Sarah possède selon le Talmud un degré de prophétie supérieur à celui de son homme. Peut être est ce par l’expérience charnelle et vécue en première personne que représente la naissance de son fils que Sarah décèle que la continuité du projet divin ne passera pas en Ishmael, mais en Isaac, le fils charnel . Et ce avant Avraham qui ne voyant pas le particularisme d’Isaac, se voit alors enjoindre par D.ieu : «כֹּל אֲשֶׁר תֹּאמַר אֵלֶיךָ שָׂרָה שְׁמַע בְּקֹלָהּ …quoi que te dise Sarah, écoute sa voix. » Genèse 21,12..

Ainsi il ne s’agit plus de laisser D.ieu en plan pour sortir courir au delà des invités-anges, au delà de l’Autre. Mais au contraire d’intégrer l’autre en soi, en la tente de Sarah, dans un mouvement convergent, dans un en-deça et une organicité enveloppante. Et de découvrir au sein de chaque particularisme une valeur universelle.
Ne pas renoncer à sa singularité afin de mieux aller vers l’autre mais au contraire chercher l’universalité au cœur de la singularité la plus affirmée.

Tel serait peut-être le chemin de la première Sarah qui dessine l’horizon de la vocation juive vers laquelle tendre.

Un texte original, en l’honneur de la Parashat Lekh Lekha, à lire, à réfléchir, à penser, de Sarah MUSTO👇🏻!

Illustration:
Yael Sportouch

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