Résilience · Retour · ActriceDeGueoula
Bonjour à toutes,
Je tiens d’abord à remercier Hadassa Tebol pour ce projet, qui m’a permis de prendre le temps d’étudier un peu, de réfléchir et d’écrire. Dans ma vie de maman, ce n’est pas une chose que je fais souvent, et cela m’a fait beaucoup de bien de m’y consacrer.
J’ai choisi de parler de Naomie, car c’est le prénom de ma fille de 15 mois, et j’avais envie de mieux connaître ce personnage que je connaissais peu.
Dans la Meguillat Routh, Naomie est présentée comme l’épouse d’Elimélekh, un homme important et aisé d’Israël. Ils ont deux fils, Mahlon et Kilyon.
À cette époque, une famine sévit en Erets Israël. Elimélekh, accablé par les demandes constantes d’aide, décide de quitter le pays avec sa famille pour s’installer dans les plaines de Moav.
Naomie, bien que réticente, suit son mari. Sur place, Elimélekh perd toute sa fortune et meurt, laissant Naomie profondément attristée. Ses deux fils épousent des femmes moabites, ce qui l’afflige davantage. Après dix années sans enfants, les deux fils meurent à leur tour.
« ותשאר האשה משני ילדיה ומאשה »
« Et la femme fut privée de ses deux enfants et de son mari » (1:5)
Le Midrash dit sur ce verset qu’il ne lui reste plus rien : ni époux, ni enfants, ni descendance, ni richesse, ni noblesse, ni réputation, ni Eretz Israël.
Mais :
« ותקם היא »
« Elle se leva » (1:6)
Naomie décide de repartir vers sa terre parce qu’elle entend des marchands venus d’Israël dire que la famine était terminée et qu’Hachem s’était « souvenu de Son peuple » –
» כי פקד ‘ה את עמו » (1:6)
Ce n’est pas une décision facile. Elle est brisée, démunie, mais surtout envahie par la honte : honte d’avoir quitté Israël dans une période critique, honte d’avoir tout perdu, honte de revenir avec des belles-filles étrangères. (Les commentateurs disent qu’elle a honte d’avoir des belles-filles non juives – d’ailleurs, c’est aussi pour cela qu’elle essaie de les repousser au moment du départ.)
Ce qui lui permet de revenir, c’est le fait qu’Hachem s’est souvenu de Son peuple – par amour pour Israël, dont elle fait encore partie.
C’est dans ce mouvement que je vois toute la grandeur de Naomie. Elle choisit de se relever malgré la douleur, malgré la honte. Elle se remet en marche avec l’espoir d’avoir un tout petit peu plus de lumière en étant plus en accords avec elle-même. Ce mouvement c’est une façon de ne pas sombrer dans le désespoir.
Elle retourne vers sa terre, vers ses racines, quitte à affronter les regards, les jugements. À son arrivée, les gens sont bouleversés de la voir si changée. Elle, autrefois si prestigieuse et rayonnante, est désormais méconnaissable : pauvre, pieds nus, affamée, éteinte. Nos sages nous disent qu’elle grattait les murs pour trouver de la nourriture…
Lorsqu’on l’appelle Naomie, elle demande à être appelée Mara, car elle perçoit qu’Hachem a agi envers elle avec amertume. Ce nouveau nom traduit à la fois sa souffrance et le regard qu’elle porte sur ses propres choix. Elle sent qu’Hachem l’a jugée avec rigueur, mais elle ne se dérobe pas à cette réalité.
Ce geste de retour, ce sursaut de vie, va tout changer. C’est ce qui déclenche la suite de l’histoire : la conversion de Ruth, son mariage avec Boaz, la naissance d’Oved – un enfant qui deviendra pour Naomie une véritable consolation.
יד וַתֹּאמַרְנָה הַנָּשִׁים, אֶל-נָעֳמִי
בָּרוּךְ יְהוָה, אֲשֶׁר לֹא הִשְׁבִּית לָךְ גֹּאֵל הַיּוֹם,
וְיִקָּרֵא שְׁמוֹ, בְּיִשְׂרָאֵל
טו וְהָיָה לָךְ לְמֵשִׁיב נֶפֶשׁ
וּלְכַלְכֵּל אֶת-שֵׂיבָתֵךְ
« Les femmes dirent à Naomie :
« Béni soit Hachem, qui ne t’a pas laissée sans quelqu’un pour le rachat aujourd’hui !
Puisse son nom être fameux en Israël !
Il deviendra la consolation de ta vie
et subviendra à tes besoins dans ta vieillesse. » » (4:14-15)
Et les conséquences de son geste ne s’arrêtent pas là , il permettra, en effet, de faire naître la lignée du Machia’h.
Certes, sa décision de se lever, de retourner vers Israël et de braver la honte, lui a finalement permis de trouver une consolation personnelle – mais cela va également conduire à la consolation et à la délivrance finale du monde entier.
Une citation de Maya Angelou est passée il y a quelque temps dans le groupe des Womanagers. Elle disait :
« À chaque fois qu’une femme se lève pour elle-même,
sans en avoir conscience, sans le revendiquer,
elle se lève pour toutes les femmes. »
Et pour moi, ici, cela prend une dimension encore plus profonde :
« Quand une femme juive se lève,
sans en avoir conscience, sans le revendiquer,
elle se lève pour le monde entier. »
C’est ce que Naomie a fait, avec courage et humilité.
Sources :
- ArtScroll sur la Meguilat Rout
- Cours de Joy Galam sur la Meguilat Routh
🎨 Une sublime illustration signée Yael Sportouch…
📝 Un texte vibrant et authentique d’Hadassa Delouya, à l’approche de la Fête de SHAVOUOTH…
À lire, à méditer, à transmettre.
























































