Golda Meïr

14 Mai 2025 | VÉESSE | 0 commentaires

Résilience · Engagement · Humanité

Les qualificatifs sont nombreux pour décrire cette Ukrainienne née à la fin du XIXe siècle : dure, morale, résistante, résiliente, militante, attachante, ascétique, forte, d’un courage indéfectible.
On dit encore d’elle qu’elle était une forteresse rugueuse et inexpugnable, une femme, d’action et d’organisation, une femme de caractère incarnant le 20ème siècle, une dame de fer mais aussi de cœur, une oratrice redoutable.
Certains estimaient qu’elle se percevait davantage comme juive que comme femme.
Elle était connue pour son engagement corps et âme pour Israël.
Cette pionnière comptant parmi les fondateurs de l’état d’Israël est née en Ukraine, en 1898, dans une famille traditionnelle pauvre et nombreuse.
L’un des souvenirs marquants de cette enfance, marquée par la misère et les pogroms, est le mur de l’église près de chez elle et ses 40 juifs qui y ont été fusillés.
Les difficultés de son enfance ont construit son tempérament inflexible et lui font prendre conscience de sa différence en tant que juive. Sa force de caractère se manifestait déjà : elle indique que, grâce à ce vécu elle n’a jamais éprouvé de peur face aux pogroms et de respect pour les riches.
Cette force de caractère a été prégnante tout au long de sa vie :

  • Quand elle est âgée de 8 ans, en 1906, sa famille quitte l’Ukraine pour les Etats Unis, pour échapper aux persécutions et à la grande famine qui tuera ensuite de nombreux ukrainiens.
    Quelques années plus tard, alors qu’elle a 14 ans, sa famille souhaite la marier : mais elle s’oppose à ce mariage, part vivre chez sa sœur puis intègre progressivement des mouvements militants sionistes, où elle rencontre celui qui deviendra son futur mari, Morris Myerson.
  • Forte de ses convictions sionistes, elle le convainc, dès 1921, de partir vivre dans un kibboutz en Palestine pour poser les bases d’une nouvelle société.
  • Dans les années suivantes, elle grimpe les échelons de chacune des institutions qu’elle a intégrées : alors qu’elle vit encore au kibboutz, elle devient ‘une des représentantes des autorités mandataires britanniques.

Puis alors qu’elle est secrétaire du Conseil des femmes ouvrières en 1928, elle finit par être envoyée en mission aux États-Unis en 1932 comme secrétaire de l’organisation sioniste des femmes pionnières. Et de même, alors qu’elle était simple secrétaire du comité exécutif de la Histadrut, elle en devient le chef de son bureau politique. Et est nommée déléguée juive de Palestine à la Conférence des fermes.

  • Lorsqu’elle se rend au Mur des Lamentations, elle ne dépose pas un papier avec un vœu pour elle-même ou pour sa famille : elle demande la reconstruction du pays et fait un vœu pour le Isräel.
  • Elle dirige le pays en tant que Premier Ministre à compter du Printemps 1969 alors même qu’elle est atteinte d’une leucémie qu’elle cache : sa vigueur est telle que Ben Gourion disait d’elle que c’était le seul homme de son gouvernement.
    Elle a toujours résisté et a su répondre à ses opposants. Ainsi, sur la question de l’état palestinien, elle affirmait une opinion très ferme en soulignant « qu’ il n’y a jamais rien eu de tel puisque les Palestiniens n’ont jamais existé » et qu’il « n’était pas possible de rendre des territoires occupés puisqu’il n’y avait personne à qui les rendre ».
    De même concernant Tel Aviv, lorsqu’elle disait que « Tel Aviv sera devenu une ville comme les autres le jour où il y aura des p… dans la rue » ou encore, concernant les ennemis d’Israël , le fait qu’elle préférait les « condamnations aux condoléances ».
    Son parcours politique est également à l’image de son engagement, motivé par la force de sa conviction malgré un bagage intellectuel moins important que les autres et un verbe moins châtié :
  • Après la résolution de l’ONU sur le partage de la Palestine, C’est elle qui a été chargée de rassembler des fonds aux États-Unis et qui a pu réunir plus de 50 millions de dollars en un bref laps de temps, permettant ainsi l’achat d’armes destinées à la création de l’armée israélienne.
  • C’est encore elle qui a négocié en secret avec des chefs d’État arabes et notamment le roi de Jordanie pour éviter une guerre à la veille de la de la proclamation de l’indépendance de l’État d’Israël.
  • Elle fait partie des deux seules femmes parmi les 24 signataires de la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël du 14 mai 1948
  • C’est toujours elle qui devient la première ambassadrice israélienne en Union Soviétique jusqu’en 1949
  • Elle a été membre de la Knesset de 1949 à 1974, Ministre du Travail, puis Ministre des Affaires étrangères avant d’être, à un âge avancé (71 ans) l’une des premières ministres femmes d’Israël de 1969 à 1974.
    Et pour autant, elle sait aussi faire taire son ambition pour laisser une chance à sa vie privée, comme lorsque son mari, moins militant qu’elle, souhaite regagner les États-Unis, elle accepte un compromis en quittant le kibboutz pour aller vivre à Tel Aviv quelques années.
    Si elle se sépare de son époux en 1940, elle n’a jamais divorcé, restant finalement mariée à son engagement pour la vie politique et la défense de l’État d’Israël.
    Elle est aussi capable d’assumer ses erreurs et prendre ses responsabilités, comme elle l’a fait en démissionnant après la Guerre de Kippour pour ne pas avoir su mieux prévenir celle-ci.
    Malgré sa force, malgré son courage, malgré son côté dur, elle savait aussi se rendre disponible pour son peuple. Ainsi, lorsqu’elle se trouvait au Mur et qu’elle a croisé un soldat pleurant sur la Guerre, elle l’a laissé pleurer sur son épaule, comme une mère réconfortant son fils.
    Golda Meïr est un modèle pour l’ensemble des femmes juives, un modèle de résilience, un modèle de courage, un modèle de respect, un modèle de force.
    Même son nom de famille, Meir qui signifie « celui qui est éclaire », sonne comme prémonitoire au regard de ce qu’a été sa vie et de ce qu’elle nous transmet encore aujourd’hui.
    Ces citations nous guident encore et semblent toujours d’actualité après le 7 octobre : « Nous ne pouvons pardonner aux Arabes d’avoir tué nos enfants, mais nous ne pouvons pas leur pardonner de nous avoir obligés à tuer leurs enfants. » Et d’ajouter : « Nous n’aurons pas la paix avec les Arabes, nous ne l’aurons que lorsqu’ils aimeront leurs enfants plus qu’ils ne nous haïssent. »
    Sa foi dans le peuple juif est un exemple de conviction et de croyance forte mais aussi un guide. Lors d’un entretien avec Elie Wiesel, elle expliquait que « malgré les effroyables persécutions auxquelles elle avait assisté, elle n’a jamais douté de la continuité du peuple juif, comme elle n’a jamais douté de ses liens avec la terre d’Israël », ajoutant « je n’ai jamais vécu de jour qui n’ait porté en lui quelque chose de juif, qui n’ait été lié de quelque manière au destin du peuple juif ». C’est cette force qui lui a permis de se battre tout au long de sa vie pour la création de l’État d’Israël.

Elle nous montre le chemin en rappelant que « même dans la nuit, même quand Hitler semblait tout-puissant, nous n’avons jamais cessé d’agir. », « nous sommes toujours là, et elle ajoute : « Le peuple juif existe toujours. Nous n’avons pas le droit d’oublier. ».
Nous venons de finir la fête de pessah et de lire dans la Hagada cette phrase très significative qu’elle rappelait aussi « chaque Juif doit se voir comme s’il faisait partie de ceux qui ont fui l’Égypte pour être libérés. » et elle ajoutait «
Il a combattu à leurs côtés et a été délivré en même temps.
La même chose existe pour les holocaustes, les pogroms » et, pouvons-nous ajouter le 7 octobre. Malgré le sentiment de culpabilité d’être encore en vie, malgré le fait de devoir continuer à se battre et d’en souffrir, On n’a pas le droit d’oublier » : celle qui était surnommée la grand-mère d’Israël nous rappelle aussi ce devoir de mémoire qui est celui de notre peuple, le devoir de ne pas oublier et de raconter pour que cela ne recommence jamais.
Golda Meir se décrivait comme une femme heureuse, heureuse de voir ce qui a pu être fait pour son peuple et les progrès réalisés.
Elle est morte le 8 décembre 1978 à l’âge de 80 ans à Jérusalem à la suite d’une hépatite virale, laissant derrière elle un héritage riche d’enseignements, un modèle de force et de combat, un exemple impressionnant de résilience.
Elle est l’une des figures de fierté du peuple juif, tout comme elle doit être la fierté de ses enfants Menahem et Sarah.

Une sublime illustration signée Yael Sportouch…

Un texte vibrant de Rifka, quelques jours après Yom Haatsmaout…

À lire, à méditer, à transmettre.

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