Courage · Dignité · Grandeur
Elisheva, à l ‘ombre de l’Histoire.
« Aaron prit pour femme Elicheva, fille d’Aminadav, sœur de Na’hchone » (EXODE 6, 23)
Elisheva, « Dieu est mon serment », apparaît une seule et unique fois dans la Torah, au moment où elle devient l’épouse d’Aaron (Parasha Vaera). Elle est donc d’abord et avant tout la digne partenaire de vie de cet amoureux de la paix qui rapprochait les créatures de D., selon les mots d’Hillel, la femme de celui qui deviendra, à ses côtés, le premier Cohen Gadol. Une union parfaite placée d’emblée sous le signe du ‘Hessed et à la source de nombreuses bénédictions dans le monde, nous dit le Zohar.
Les commentateurs rapportent qu’ Aaron, connu pour faire régner le shalom dans les couples, s’était renseigné sur le frère d’Elisheva avant de l’épouser, un homme qui cherche une épouse devant s’assurer des qualités morales, de la droiture de ses frères.
Dotée des sept sefirots, les attributs divins selon la Kabbale (sheva = 7), Elisheva devenue Elisabeth dans le répertoire chrétien affiche une lignée royale, un incroyable « yichus » selon le mot yiddish.
Issue de la tribu royale de Yehuda
Si on ne sait pas grand chose de son père, on ne peut passer à côté de l’histoire de Na’hchone, son frère, dont nous parle le Livre des Nombres (Bamidmar) : à la demande de D., Na’hchone ben Aminadav a été nommé « Nassi », Prince de la tribu de Yehuda, 5 ème de la génération, par Moshe Rabenou afin de l’aider à diriger le peuple. Il est aussi, par Boaz, un ancêtre direct du Roi David (il se trouve être, dans la généalogie biblique, à mi-parcours entre la tribu de Juda et celle de David). Autant dire que cette généalogie lui vaut d’immenses louanges dans la littérature rabbinique. L’Histoire retient l’épisode où, contre vents et marées, alors que le peuple fuyant l’Egypte se retrouve coincé entre ses poursuivants et la mer, Na‘hchone saute seul dans les flots bouillonnants de la mer rouge, ouvrant le chemin à tout le peuple, lui montrant littéralement la seule voie à suivre (avancer !) la mer s’ouvrant alors qu’il a de l’eau jusqu’aux narines. Un acte inoui et un véritable appel à l’action comme le soulignait le Rabbi de Loubavitch. Le message est clair : nous devons nous concentrer sur la mission de notre vie, quels que soient les obstacles et les épreuves qui se dressent devant nous.
Derrière chaque grand homme…
A l’instar de son frère héroïque, Elisheva incarne cette Messirout nefesh, cet abandon de soi et ce dévouement total qui va littéralement porter le peuple en avant et lui assurer un devenir. D’une manière autrement moins « spectaculaire », mais pas moins déterminante pour la Nation juive.
L’évocation de ce lien entre le frère et la sœur va en effet bien delà de la relation de sang. Elisheva est porteuse des qualités exceptionnelles de leadership incarnée par sa propre famille. Mère de quatre fils, Nadav, Avihou, Eleazar et Ithamar, elle est, avec Aaron, la racine même de la tradition sacerdotale, elle est la mère des Cohanims, des premiers grands prêtres.
Equilibre parfait entre la rigueur et la bonté, elle a investi tout son potentiel dans son mari et compte aussi parmi les sages-femmes qui ont refusé d’exécuter le décret du Pharaon exigeant qu’on tue les bébés mâles.
Son rôle s’avère aussi discret que décisif.
Avec l’ancienne lignée royale de Yehuda et la nouvelle lignée des prêtres héréditaire, elle porte ni plus ni moins les deux rôles officiels de leadership dans la tradition biblique, ce qui lui confère d’immenses motifs de fierté et de joie.
Le jour de l’inauguration du Mishkan, Elisheva a eu cinq raisons supplémentaires de joie sur les autres filles d’Israël, nous dit le Talmud (Traité Zeva ‘him). « Elle était la belle-sœur du roi, Moshe Rabeinou, l’épouse du Cohen Gadol, Aaron, ses fils étaient les seconds du Grand Prêtre, son petit-fils Pin’has était oint pour partir à la guerre avec le peuple, et son frère Na’hchone, prince de la tribu de Yehuda, était le premier des douze chefs tribaux à faire une offrande pour l’inauguration du Temple ».
A cette liste impressionnante, on peut encore ajouter le nom de son neveu, Betzalel ben Hur, l’architecte désigné par Dieu pour construire le Mishkan.
Les plus grandes joies et la pire des épreuves
Mais au 8 ème jour de l’inauguration du Tabernacle, après les sacrifices apportés par Aaron et ses quatre fils, la joie de ce jour béni tourne à la tragédie : Nadav et Avihu, les deux fils ainés dont la pureté d’âme était indiscutable, peut-être plus grands encore d’après le Talmud que Moshe et Aaron, meurent instantanément à l’intérieur même du Temple, pour avoir joué avec le feu ; saisis par un enthousiasme mystique devant l’imminence du moment spirituel exceptionnel qui va se produire, ils ont pris une initiative personnelle en dehors de la procédure très précise prescrite par D. (Parasha Chemini).
Si la Torah parle du silence notoire de leur père après cette terrible sanction, elle ne dit rien de la réaction de leur mère. Un midrach rapporte qu’ « Elisheva ne jouissait pas du bonheur dans ce monde(..) Il est vrai qu’elle a vu les cinq couronnes (obtenues par ses parents masculin) en un jour… mais quand ses fils sont entrés pour offrir de l’encens et ont été brûlés, sa joie a été changée en deuil ».
Elisheva a connu les plus grandes joies et en un instant, le plus grand malheur. Elle nous parle de la fragilité de l’existence, de l’impermanence des choses et incarne la force de la confiance absolue en D. face aux pires épreuves.
Aujourd’hui, Elisheva a le visage de Miriam Peretz (Prix Israël pour Contributions exceptionnelles à la Société israelienne) qui a perdu deux de ses fils et son mari, celui de Dina Fahimi dont le mari, le gendre et le petit fils ont été assassinés le 7 octobre, trois générations le même jour, celui d’Iris Haïm, dont le fils otage à Gaza a accidentellement été tué par l’armée, ou encore celui de Laly Derai, dont le fils Saadia est tombé à Gaza. Et les traits de toutes les mères endeuillées d’Israël qui pleurent mais restent debout, et incarnent au delà des mots le courage, la dignité, la grandeur, dans la plus authentique expression.
Illustration sublime 👆🏻de
Yael SPORTOUCH !
Texte passionné et passionnant 👇🏻 de Karen BENCHETRIT!
Bonne lecture 📖!
























































