Spiritualité · Dévouement · Détermination
« HADASSA hi ESTHER »
“Hadassa c’est-à-dire Esther”
(אסתר – פרק ב פסוק ז)
-« Hadassa ? !!»,
s’exclama, éberluée, l’employée de mairie du 11è arrondissement de Paris, par un beau matin du mois de février du siècle dernier…
Je ne peux pas inscrire ce prénom ! Il n’existe pas!
(C’était l’époque où le choix des prénoms était controlé !)
Qu’à ne cela ne tienne!
Un moment plus tard, mon père zl’ revint avec une bible traduite en français, sous le bras!
Il l’ouvrit aux pages d’”Esther”, et montra à l’employée de Mairie, le verset 7, du chapitre 2, en version française !
L’employée le lit et s’écria à pleine voix, en détachant chaque syllabes et en appuyant dessus :
-Aaaah, Ha-das-saaaa c’est-à-dire Es-theeeeer!!!!
Ces mots millénaires, résonnèrent sous la voûte centenaire de la Mairie du onzième arrondissement de Paris, remplirent l’espace, et firent soudainement bouger les murs…
Et dans la foulée, l’employée de Mairie écrivit d’une main leste « HADASSA », sur son lourd registre de mairie du 11è arrondissement de Paris, l’assortissant royalement de mon deuxième prénom…
Jusqu’en 1970, à Paris, il arrivait qu’on ne sache toujours pas qui se cachait derrière la Reine Esther…
À l’école Lucien de Hirsch que j’ai fréquenté par la suite, ma mère avait plaisir à dire, que sur 900 élèves j’étais la seule Hadassa !
Il s’avérait donc qu’à Paris, au 20è Siècle, comme en Perse en -480, la dimension méconnue d’Hadassa persistait…
Elle était le Mystère d’Esther…
Mais qui était-elle donc ?!
Hadassa est le prénom hébraïque de la Reine Esther!
Il vient du mot « hadas » (הדס), qui signifie le myrte en hébreu, une plante parfumée, utilisée pendant la fête de Souccot, symbole de pureté et de droiture !
Il est dit dans le Midrash que, tout comme le myrte dégage un parfum agréable, d’Hadassa émanait la vertu et la bonté morale!
Dans le Midrash Esther Rabbah 6:5, elle est décrite comme ayant une belle apparence et une belle figure (yefat toar ve-tovat mar’eh). Certains sages interprètent cela comme signifiant qu’elle avait un teint particulier, et une opinion dans le Midrash affirme qu’elle avait une peau verdâtre/yerakroket (Pas étonnant que certaines Hadassa aiment se mettre au vert!)
Cependant, ce même Midrash précise que malgré cela, une grâce divine (‘ḥen) la rendait extrêmement belle aux yeux de tous.
Hadassa fait donc référence à l’héritage spirituel juif d’Esther, justement celui qu’elle devait, à la demande de Mordehaï, dissimuler!
Le myrte est également un symbole de vie et de résistance, car il peut vivre jusqu’à 3000 ans et a la capacité de repousser même après un incendie…
Esther (אֶסְתֵּר) est le prénom perse d’Esther!
Il est généralement lié au mot perse “stara”, qui signifie étoile. Certains l’associent aussi à la déesse babylonienne Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre.
Ce prénom est donc la façade, le masque d’Hadassa, face au monde!
Dans un jeu de mots en hébreu, Esther est lié au verbe hester (הסתר), qui signifie cacher ou dissimuler.
Cela fait aussi écho au thème principal du rouleau d’Esther, où D-ieu agit de manière cachée!
La présence divine sous-tend implicitement le déroulement des événements, sans jamais être mentionnée explicitement, pendant qu’Esther elle-même cache, au départ, son identité juive!
Toute mon enfance, mon père me répétait souvent, avec enthousiasme, sur le ton de l’employée de Mairie du 11è arrondissement de Paris : « Ha-das-saaaa, c’est-à-dire Es-theeer! »
Ces mots étaient magiques !
Ils créaient une complicité entre mon père et moi!
J’en fut bercée toute mon enfance!
Ils devinrent mon leitmotiv…
Et jusqu’à aujourd’hui, ils me propulsent !
Ils me rappellent que la force d’Esther réside dans son attachement au judaïsme, et que « Hadassa est Esther », cette personne si forte, déterminée et courageuse !
Hadassa et Esther, deux prénoms qui se renforcent mutuellement, l’un nourrissant l’autre!
J’aime me projeter dans Esther!
Tout en sachant qu’Esther tire sa force d’Hadassa!
Ces deux prénoms ensemble montrent la complexité d’Esther : une femme qui cache son identité juive tout en restant fidèle à ses racines pour finalement révéler sa véritable force!
Elle devient également un symbole de la résistance juive, et féminine, face à la haine irrationnelle que le peuple juif subit périodiquement!
Combien de fois, ai-je imaginé la Reine Esther/Hadassa avancer, déterminée, dans les couloirs du Palais d’Assuérus, allant à la rencontre du Roi, au péril de sa vie, pour sauver son peuple…
Combien de fois me suis-je inspirée d’elle?!
Combien de fois ai-je chanté avec elle, dans les détours de ma vie, ce psaume lancinant, appelant le secours d’Hashem : « אֵלִי אֵלִי לָמָה עֲזַבְתָּנִי / Mon D-ieu, mon D-ieu ne m’abandonne pas »!
J’imagine encore Esther, enracinée dans sa foi (Hadassa), avancer forte (comme le Hadass/myrte éternel), résolue déterminée, courageuse, prête à tout pour sauver son peuple…
Rien ne l’arrête…
Et rien ne l’arrêtera !
Pas même le sceptre d’Assuérus, qui lui laisse la place libre et l’invite !
Vous connaissez la suite…
Une suite un peu moins connue est qu’Esther resta jusqu’à la fin de ses jours au Palais d’Assuérus, mariée à un non-juif…
Alors qu’elle était, d’après la plupart des commentateurs, l’épouse de Mordehaï, le plus grand juste de la génération…
C’est le destin tragique d’Esther!
Son union avec Assuérus donna naissance à Darius qui autorisa la reconstruction du 2è Temple…
Après les événements de Pourim, elle insista, de plus, pour qu’on fasse quelque chose de son histoire, qu’on la retienne…
Elle exigea, des ‘Hahamim de l’époque, réticents au départ, d’intégrer le rouleau d’Esther dans le canon biblique, et elle institua la fête de Pourim pour les générations à venir!
Écouter la Meguilath Esther à Pourim est toujours un moment très intense pour moi, tant je m’identifie à Esther!
Il y a quelques mois, j’ai appris que les femmes pouvaient accomplir la Mitsvah de lire la Meguilath Esther pour d’autres femmes, puisqu’elles sont astreintes à cette Mitsva de la même façon que les hommes !
(Moins habituées que les hommes à lire nos textes sacrés, les femmes se partagent la lecture à plusieurs lectrices !)
Waouaaah, liiiire la Meguilath Esther !!!
En tant que femme ??!!??
C’est donc possible?!!!
Cette idée me fit viiiiibrer de toute mon âme !!!
Je décidais alors d’organiser -après avoir étudié avec mon mari la Halakha- une lecture féminine de Meguilath Esther, et de me préparer activement à cette Mitsva !
Et c’est avec beaucoup d’émotion que je lirais, bzh, cette année, un passage de la Meguilath Esther, avec d’autres lectrices, pour d’autres femmes !
Et avez-vous deviné quel chapitre je prévois de lire bzh?!
Le Chapitre 2, évidemment !
Celui qui contient le fameux passage « Hadassa, c’est-à-dire Esther! »!!!
Ce sera l’occasion pour moi, ainsi que pour les autres lectrices, d’habiter un peu plus ce texte, de faire corps avec lui, de se l’approprier, de ne pas rester à distance, de rentrer un peu plus dans le texte, dans le personnage d’Esther, afin de se rapprocher de nos textes et d’Hashem!
Certains me critiqueront, d’autres y verront peut-être une démarche féministe enragée et frustrée, ou bien une volonté de singer les hommes ou de prendre leur place etc.
Bref…
Pour vous, qui m’avaient lue jusqu’ici, vous savez qu’il n’en est rien !
Certains hommes risquent même d’être effrayés !
Je m’occuperai, si besoin est, de les rassurer!
Certes, je sortirai des clous !
Et alors qu’est-ce ça fait?
Tant qu’on reste dans les quatre coudées de la Halakha?!
Et puis les chemins de traverse ne sont-ils pas parfois plus prometteurs ?!
Les textes de nos VÉESSES qui s’enchaînent, ici, semaine après semaine, ne sont-ils pas souvent des histoires de femmes qui sortent des sentiers battus ?!
Et traversent la vie là où le chemin est certes moins sécurisé, mais tellement plus prometteur, et parfois porteur de délivrance !
En ce qui me concerne, j’avancerai bzh dans les couloirs du Palais d’Hashem, telle Esther !
Ne suis-je donc pas une « Hadassa, c’est-à-dire Esther »?!
Ne sommes-nous pas toutes, les femmes juives par excellence, des « Hadassa hi Esther »?!
Vous êtes donc toutes les bienvenues, chez moi, le matin de Pourim, à 9h (envoyez-moi un petit message pour plus de précisions, si intéressée!), pour ce moment hors-du-temps et hors normes, si particulier et bouleversant en perspective !
Hadassa Malka Tebol
NB: La semaine où je proposais ce projet, sur le Groupe WOMANAGER, une femme de la communauté d’Epinay s’étouffait et tombait dans le coma…
Sa famille apprit cette nouvelle sur le Groupe inter-communautaire « Paroles de WOMANAGER »,
suite à une demande de Tehilim, à son nom !
Un choc pour sa famille !
Cette femme s’appelle…
…ESTHER!
Il m’a donc paru évident de dédier cette lecture, cette Mitsva accessible aux femmes et si délaissée par ces dernières, à la Refoua Chelema d’ESTHER!
Afin que par le mérite de cette mitsva, sa voix étouffée puisse s’exprimer, à nouveau, pleinement, bientôt !
Ainsi que celles de toutes les femmes bzh, avec justesse!
La petite-fille de notre très chère Camille, une de nos lectrices Raincéene, est gravement malade…
Ce sera donc pour la Refoua Chelema de
- Esther Rosa Haya bat Simha,
Et de - Shirel Camille Liliane bat Myriam Marcelle,
que nous réaliserons bzh cette belle Mitsvah, accessible aux femmes, et pourtant si délaissée par ces dernières…
En attendant, Joyeux Pourim et bons préparatifs pour la semaine prochaine !
Illustration sublime de Yael SPORTOUCH !
Texte captivant de Votre dévouée Hadassa Malka TEBOL, en l’honneur de la Parashat Zakhor!!
























































