Leadership · Prophètie · Sagesse
Déborah, Myriam et le chant
Shabbat Chira, le chant au féminin
Cette semaine, nous lisons Parachat Béchala’h, la paracha du grand basculement.
Le peuple d’Israël traverse la mer Rouge, expérimente des miracles manifestes, et répond par le chant.
Az Yachir Moché ouBné Israël
Alors Moché et les enfants d’Israël chantèrent…
Rachi commente :
Chakoul Moché kénegéd kol Israël
Moché équivaut à tout Israël.
Le chant de Moché est le chant d’un peuple entier, un chant de reconnaissance et de louange pour les miracles vécus, pour la délivrance, pour la présence d’Hachem révélée au cœur de l’histoire.
Mais en parallèle, la Torah nous rapporte un autre chant.
Un chant distinct, porté par une autre voix.
Vatikach Myriam hanévia…
Myriam, la prophétesse, prit le tambourin,
et toutes les femmes sortirent avec elle, en danses et en chants.
Myriam chante avec les femmes.
Un chant à part, une voix spécifique, une expression singulière de la gratitude et de la foi.
C’est ce passage que certaines femmes ont l’habitude d’ajouter à la téfila de Shabbat matin, notamment à Tikoun Myriam Hanévia, lorsqu’elles en ont la possibilité.
Et cette semaine est appelée Shabbat Chira, le Shabbat du chant.
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La Haftarah : le chant de Déborah
Comme un écho naturel à ce chant, la Haftarah de Shabbat Chira nous fait entendre une autre voix féminine majeure :
Shirat Déborah, le chant de Déborah.
Ce chant est extrait du livre des Juges (Shoftim), et nous révèle une figure absolument unique dans l’histoire juive.
Déborah est :
• prophétesse (névia)
• quatrième juge du peuple juif
• la seule femme à avoir occupé la fonction de juge
• et elle exerça cette fonction pendant quarante ans
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Qui est Déborah ?
Le texte la présente ainsi, dès le premier verset du chapitre 4 :
OuDéborah icha névia, échet Lapidot, hi chofeta et Israël ba’et hahi
Déborah était une femme prophétesse, épouse de Lapidot, et elle jugeait Israël à cette époque.
Les Sages soulignent son niveau spirituel exceptionnel.
Certains midrashim rapportent que, lorsqu’elle prophétisait, des flammes apparaissaient à l’endroit où elle se tenait, à l’image, bien sûr sans comparaison possible, de Moché Rabbénou.
Déborah avait travaillé l’ensemble des relations fondamentales :
• Ben Adam laMakom : sa relation à Hachem
• Ben Adam la’Havero : sa relation à autrui
• Ben Adam laAtzmo : sa relation à elle-même
Elle avait affiné ses midot jusqu’à un très haut degré :
patience, humilité, joie, reconnaissance, acceptation de l’épreuve, maîtrise de la colère, rejet de l’orgueil, de la jalousie, du mensonge et du lachon hara.
Elle jugeait le peuple sous un palmier, à l’extérieur, afin de respecter les lois de tsniout et d’éviter toute situation de yihoud.
Nos Sages ajoutent qu’elle était également très aisée, possédant des terres, des vignes, des oliviers dans plusieurs régions d’Eretz Israël.
Une femme de prophétie, de sagesse, de leadership et de stabilité matérielle.
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Un détail essentiel : “épouse de Lapidot”
Et pourtant, le verset insiste sur un point précis :
elle était l’épouse de Lapidot.
Qui était Lapidot ?
Selon certains commentaires, il s’agissait d’un homme simple, voire d’un am haaretz.
Selon d’autres, Lapidot serait un autre nom de Barak, le chef militaire.
Quoi qu’il en soit, le texte ne le décrit pas comme une figure spirituelle majeure.
Alors que fait Déborah ?
Elle confectionne des mèches de coton, et demande à son mari de les apporter au Temple, pour l’allumage de la Ménorah.
Il accepte.
Il agit.
C’est de là que vient son nom : Lapidot, les torches, les flammes.
Déborah et Lapidot deviennent ainsi deux sources de lumière :
• lui, en illuminant la Ménorah du Temple
• elle, en éclairant le peuple par sa prophétie et son jugement
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Le sommet de sa grandeur : le couple
La grandeur de Déborah ne réside pas uniquement dans son rôle public.
Elle réside aussi, et peut-être surtout, dans son travail du couple.
Elle n’a pas effacé son mari.
Elle ne l’a pas écrasé par sa stature.
Elle n’a pas vécu sa réussite contre lui.
Elle a compris que son propre épanouissement passait par la réussite du lien conjugal, par la capacité à faire émerger la place et le potentiel de son mari.
Grâce à elle :
• Lapidot trouve une mission
• il se relie au Temple
• il fréquente des hommes droits
• il gagne sa part dans ce monde (olam hazé) et dans le monde à venir (olam haba)
Elle lui donne une place, une utilité, une dignité.
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Un enseignement intemporel
Déborah nous enseigne que :
• une femme peut briller sans éteindre
• s’élever sans écraser
• guider un peuple tout en construisant son foyer
La joie profonde de la femme réside dans la capacité à faire grandir son mari,
et la force intérieure de l’homme naît du regard valorisant de son épouse.
C’est ce que dit le verset :
‘Hokhmat nachim banta béta
La sagesse des femmes construit la maison.
Et le Midrash précise :
Zo Déborah
C’est Déborah.
Une femme qui a chanté, jugé, prophétisé…
et surtout, construit. 🌴
Illustration sublime 👆🏻de
Yael SPORTOUCH !
De Deborah COHEN, en l’honneur de la Haftarah de la Parashat Beshalakh!
























































