Vulnérabilité · Justice
Et que devint Dina…?
ET QUE DEVINT DINA…?
« Par la suite Léa mit au monde une fille, qu’elle appela Dinah » (Bereshit 30,21)
Un jour Dinah, la fille de Jacob et de Léa, alla rendre visite à des femmes du pays.
Sichem, fils de Hamor, le chef hivite de la région, l’aperçut. Il l’enleva et lui fit violence.
Mais il s’attacha à elle, en devint amoureux et tenta de la convaincre.
Il dit à son père Hamor : « Demande pour moi la main de cette jeune fille, je veux l’épouser. »
Jacob apprit que sa fille avait été déshonorée par Sichem. Mais comme ses fils étaient aux champs avec ses troupeaux, il ne fit rien jusqu’à leur retour.
Hamor, le père de Sichem, se rendit chez Jacob pour lui parler. Quand les fils de Jacob revinrent des champs, ils apprirent ce qui s’était passé. Ils se sentirent insultés et entrèrent dans une violente colère, car Sichem avait fait quelque chose d’inadmissible en violant la fille de Jacob ; on ne doit pas agir ainsi en Israël.
Mais Hamor leur dit : « Mon fils Sichem est amoureux de cette jeune fille. Donnez-la-lui pour femme. Alliez-vous avec nous : donnez-nous vos jeunes filles en mariage et épousez les nôtres. Vous habiterez près de nous. La région vous sera ouverte : vous pourrez vous y installer, y traiter vos affaires, y avoir des propriétés. »
Sichem lui-même vint dire au père et aux frères de la jeune fille : « Soyez indulgents pour moi, je suis prêt à vous donner ce que vous voudrez. Vous pouvez exiger de moi un très gros dédommagement et de nombreux cadeaux. Je donnerai tout ce que vous demanderez, pourvu que vous m’accordiez cette jeune fille pour épouse. »
Les fils de Jacob répondirent avec ruse à Sichem et à son père Hamor, parce que Sichem avait déshonoré leur soeur Dinah. Ils leur parlèrent ainsi : « Nous ne pouvons pas donner notre soeur en mariage à un homme incirconcis ; ce serait un déshonneur pour nous. Nous ne vous donnerons notre accord qu’à une condition : c’est que, comme nous, tous les hommes de chez vous soient circoncis. Alors nous vous accorderons nos filles en mariage et nous pourrons épouser les vôtres.
Nous habiterons près de vous et nous formerons ensemble un seul peuple. Mais si vous n’acceptez pas d’être circoncis, nous reprendrons notre soeur et nous repartirons. »
Hamor et son fils donnèrent leur accord à cette proposition. Sans tarder le jeune homme entreprit de la réaliser, tant il aimait la fille de Jacob.
Or il avait beaucoup d’influence dans sa famille. Hamor et Sichem se rendirent sur la place, à la porte de la ville, et ils dirent à leurs concitoyens : « Ces hommes sont bien intentionnés à notre égard. Qu’ils s’installent dans notre région et y fassent des affaires, que le pays leur soit largement ouvert ! Nous pourrons épouser leurs filles et nous leur donnerons les nôtres en mariage. Ils accepteront d’habiter près de nous et de former un seul peuple avec nous, mais à une condition : c’est que tous les hommes de chez nous soient circoncis comme eux. Si nous leur donnons notre accord, il viendront habiter près de nous ; alors tout leur bétail et leurs biens finiront par nous appartenir. »
Tous ceux qui étaient présents à la porte de la ville acceptèrent la proposition de Hamor et de son fils Sichem, et tous les hommes de la ville se firent circoncire.
Deux jours plus tard, alors que ces hommes étaient encore souffrants, deux des fils de Jacob, Siméon et Lévi, frères de Dinah, prirent leur épée, entrèrent dans la ville sans éveiller de soupçons et massacrèrent tous les hommes, y compris Hamor et son fils Sichem.
En quittant la maison de Sichem, ils emmenèrent Dina. Les autres fils de Jacob dépouillèrent les cadavres et pillèrent la ville, parce qu’on avait déshonoré leur soeur. Ils s’emparèrent des moutons et des chèvres, des boeufs et des ânes, bref, de tout ce qui était dans la ville et la campagne. Ils emportèrent toutes les richesses, emmenèrent tous les enfants et les femmes, et ils pillèrent complètement les maisons.
Alors Jacob dit à Siméon et à Lévi : « Vous m’avez causé du tort en me rendant odieux aux habitants de la région, les Cananéens et les Perizites. Ces gens-là vont se rassembler contre moi. Ils me vaincront, car je n’ai que peu d’hommes, et je serai exterminé avec ma famille. » Les deux frères répondirent : « Cet individu n’avait pas le droit de traiter notre soeur comme une prostituée. » Bereshit 34,1-31
Terrible histoire qui commence dans la violence et finit dans la violence.
Dinah, fille de Jacob et de Léa, est prise de force par Sichem, fils du prince du lieu où Jacob vient d’acquérir un morceau de terre pour planter sa tente.
Siméon et Lévi, les deuxième et troisième fils de Jacob et Léa, vont venger leur sœur en pratiquant un châtiment collectif : ils tuent tous les hommes, y compris Sichem et son père Hamor, puis entrainent leurs frères dans le pillage de la ville et l’enlèvement des femmes, des enfants et des troupeaux.
Que s’est-il passé entre les deux ? Des histoires d’homme !
Et Dinah?
Dinah, la principale intéressée, a disparu de la scène. On ne l’a pas consultée, on ne l’a pas consolée, on ne lui a pas parlé. Elle est traitée comme un objet – de valeur certes, mais un objet.
Que Sichem se prenne de passion pour la jeune femme qu’il vient de posséder, au point de vouloir l’épouser à prix fort, et même de s’engager, ainsi que son père et tout le peuple, à accepter l’exigence de circoncision posée par les fils de Jacob, cela pourrait presque plaider en sa faveur !
Dans certains pays la loi exonère le violeur s’il accepte d’épouser sa victime ! Et la famille se satisfait souvent d’une telle réparation de l’honneur, sans tenir aucun compte des sentiments et de l’avis de la victime. Et s’il n’y a pas cette réparation, la victime est rejetée du clan, et parfois même traitée comme une coupable et tuée.
Alors on pourrait « presque » comprendre la colère des frères de Dinah, qui restent sur la constatation qu’elle a subi quelque chose d’irréparable.
Mais l’ont-ils écoutée ? L’ont-ils consultée ?
Ont-ils voulu la défendre ou s’enivrer de leur propre désir de vengeance ?
En se chargeant d’un crime collectif épouvantable, ils profanent son nom – dont la racine comporte l’idée de justice (Din) – en même temps qu’ils profanent le nom de D-ieu.
Car en se servant de la circoncision comme d’un piège pour affaiblir Hamor, Sichem et leurs hommes, ils inversent le signe de l’alliance donnée à Abraham. De signe de vie la « berit mila » devient signe de mort. Et en se posant en défenseur de l’honneur de leur sœur, qu’ils disent refuser de voir traitée comme une prostituée, ils lui font porter la responsabilité indirecte du massacre !
Pauvre Dinah, pauvre D-ieu, et pauvre Jacob ! Que de souffrance et de sang versé !
Mais ce n’est pas tout : certains commentateurs accableront Dinah en affirmant qu’elle n’avait pas à sortir de chez elle pour rencontrer les filles du pays, car une jeune fille pudique se doit de rester à l’intérieur de la maison !
D’autres commentateurs loueront au contraire son esprit de curiosité et d’ouverture, qui l’a poussée à quitter le confort de sa tente pour entrer en relation avec ses voisines et leur permettre ainsi de connaître le D-ieu d’Israël !
Décidément, les polémiques sur le statut de la femme ne datent pas d’hier et ont la vie dure !
On ne sait pas ce que devint Dinah, mais le commentaire de Rabbi Eliezer raconte qu’une petite fille fut conçue de son viol par Sichem, et que, pour protéger l’enfant, Jacob l’envoya en Egypte où elle fut adoptée par le prêtre Potiféra.
Il s’agissait d’Osnath, qui épousa donc finalement son oncle Joseph et engendra Ephraïm et Manassé.
Que de tours et de détours dans les desseins humains, guidés inexorablement par la main divine, à qui revient la touche finale !
Décidément, la Thorah (contrairement à d’autres nations) ne nous offre pas un passé toujours glorieux, elle n’est pas une histoire de petits saints, mais souvent une histoire de grands fauteurs ! De personnes humaines et faillibles! De personnes qui tombent, vivent des échecs, commettent des erreurs, se relèvent parfois, avancent avec leur histoire…!
C’est en cela que la Thorah est inspirante!
Et c’est bien pour cela que nous pouvons nous y identifier, que nous y avons tous notre place comme elle-même doit avoir une place centrale dans notre vie, nos communautés, nos relations les uns avec les autres !
A travers les pires ténèbres D-ieu nous parle et nous invite à échanger les uns avec les autres, afin de mieux prendre conscience de nous-mêmes et de la grâce qu’il nous fait de nous considérer comme ses enfants bien-aimés, malgré tout !
Suite à un empêchement d’une de nos WOMANAGER, voici un très beau texte choisi et adapté, en l’honneur de la Parashat VAYICHLAKH!
Illustration sublime by
Yael SPORTOUCH
Chabat Chalom🌹🥰!
























































